Une semaine riche en émotions à Strasbourg

L’événement médiatique de la semaine était sans conteste la venue du pape au Parlement européen (PE). Forces de police déployées, accès contrôlés, routes barrées, le pape a pu passer une heure au PE. Il est évidemment impressionnant dans sa tenue blanche au milieu de l’hémicycle bien rempli et il est écouté par un auditoire concentré. Le pape est très applaudi quand il appelle les Européens à plus de solidarité, à défendre les droits de l´homme, à respecter l’environnement, à s’ouvrir vers ses voisins et à prendre un nouvel élan pour donner de l’espoir aux peuples et surtout à placer l’homme au centre de leurs préoccupations. Nul ne peut lui contredire sur ces points. Or, le pape a évité subtilement certains sujets plus controversés.

L’évènement émotionnel de la semaine était certainement la remise du prix Sakharov 2014 au Docteur Mukwege en reconnaissance de son engagement pour les femmes victime de viol dans l’Est du Congo. Denis Mukwege a profondément ému l’hémicycle quand il a parlé des souffrances des femmes de son pays, ce Congo si riche en ressources et dont les habitants sont si pauvres parce que le pays est mal gouverné et que les seigneurs de guerre règnent en maître et terrorisent la population. Le viol est utilisé comme arme de guerre, tous les jours, des femmes, des jeunes filles, même des bébés, sont violées. Depuis des années le Docteur Mukwege et son équipe soutiennent ces femmes et s’efforcent de leur rendre leur dignité et la joie de vivre. Denis Mukwege a amplement mérité le lauréat du prix Sakharov 2014.

L’évènement économique de la semaine était l’annonce du plan d’investissement Juncker. Ce plan, soutenu par notre groupe politique, met fin à l’austérité dogmatique de la Commission Barroso et remet l’accent sur une politique de croissance stimulée par des investissements stratégiques tout en poursuivant les réformes. Or, ceci ne peut marcher qu’avec plus de soutien des États membres. Mardi matin déjà, lors d’une réunion du groupe S&D, Matteo Renzi, premier ministre italien et président en exercice du Conseil européen, a mis l’accent sur le rôle éminemment important des États à reformer leurs économies. Son enthousiasme et son optimisme sont contagieux: l’Italie respectera les règles européennes, continuera de réformer et se redressera parce qu’elle le veut et non pas parce que l’Europe le lui impose. De même l’Europe doit aller de l’avant et s’occuper de ses citoyens, les progrès sont là, l’Europe défendra sa place dans le monde.

L’évènement politique de la semaine était la motion de censure contre la Commission. L’extrême droite au PE, emmenée par Le Pen et Farage, avait réuni suffisamment de signatures pour introduire une motion de censure contre le président de la Commission, Jean-Claude Juncker. Cette fois-ci on a pu assister plutôt à une passe d’armes entre les chefs de parti. Les populistes de droite utilisaient, sans surprise, LuxLeaks pour condamner pèle mêle la Commission, l’Union européenne dans son ensemble, l’euro, l’ouverture des frontières et j’en passe. Finalement, le Parlement a rejeté jeudi la motion de censure à une très large majorité. Cependant, il existe un consensus général: Il faut faire toute la lumière sur les pratiques agressives de ‘tax ruling’ dans tous les pays et surtout il faut que la Commission, nouvellement constituée puisse travailler. L’Union européenne a besoin d’un nouvel élan.

[Photo © Strasbourg.eu]

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