Les îles de l’Europe

Sur quelques îles plus ou moins grandes sises au large du continent européen vivent les restes d’anciennes tribus bretonnes, normandes et saxonnes. Elles se retrouvèrent il y a longtemps dans un grand royaume qui gouverna le monde entier pendant des siècles et qui en a gardé de la fierté. Mais depuis qu’il est en union avec un ramassis de grandes républiques et de petits royaumes du continent, certains chefs, sous-chefs et de nombreux guerriers aux cheveux roux, blonds ou noirs regrettent la gloire ancienne.

Ils sont sans cesse excités par des gazettes féroces et des prédicateurs haineux qui leur racontent qu’ils sont soumis par « Bruxelles ». Ce serait une hydre bureaucratique qui ne pense qu’à saper, exploiter et piller leur royaume.

Y règne une digne et très vieille reine et un fringant jeune premier qui se dit gardien des valeurs anciennes et de l’antique gloire du pays. Pour obtenir autant de croix que possible de ses guerriers, et pour commander à un grand nombre de chefs et sous-chefs dans la salle rectangulaire gouvernée par une amusante perruque blanche, le jeune premier a dû promettre d’organiser un référendum. Un référendum, c’est quand on veut caresser le peuple dans le sens du poil sans savoir ce qui en sortira. On demandera aux guerriers s’ils veulent continuer d’être gouvernés par « Bruxelles ».

Fort des nombreuses croix obtenues, le jeune premier a sacrifié d’abord une soirée à sa maison de campagne pour un repas avec le grand chef des commis de « Bruxelles », autrefois le grand chef de la plus petite des tribus du continent. Puis il a pris un samedi dimanche qui est réservé dans son pays à la famille et à toutes sortes d’amusements et a traversé l’océan pour visiter chez eux quatre chefs des plus grandes tribus qu’il rencontre presque chaque jour de la semaine dans la capitale de la petite tribu des Belges. Des experts m’ont expliqué que ce spectacle était destiné surtout à ses propres guerriers, peu importe ce qui s’y est dit. On le montre en train de deviser sérieusement, après avoir donné des bises ou serré des mains, avec maints salamalecs et sourires amicaux. Il semble que son royaume n’aime pas que les esclaves venus du continent pour travailler tombent malades et exigent des soins, ou qu’ils vieillissent et ne travaillent plus tout en étant payés.

Les caméras, micros et stylos ont rapporté de ce voyage des phrases pleines de sous-entendus qu’un pauvre Huron peu versé dans les secrets de la diplomatie ne comprend qu’à peine.

Un ami expert me rassure qu’il n’y a rien à comprendre, que les chefs des autres tribus aiment autant qu’ils détestent le royaume de l’île pour les extras qu’il ne cesse de réclamer, et qu’ils n’ont aucune envie de rouvrir le grand livre des lois de l’union. Cela donnerait des idées tordues à certains de leurs guerriers qui voudraient remettre des barrières entre les pays. Ainsi disparaîtrait le grand marché sans douaniers et sans gabelous qu’ils aiment tous au-dessus de tout.

Le Huron
p.c.c. Ben Fayot

mediafins.com