Le monde digital sans écrivains?

Noël approche : les prix littéraires sont attribués, les salons du livre se succèdent. Le livre devrait se porter bien. Il n’en est pas de même pour les écrivains.

Ainsi, les résultats d’une enquête effectuée par Queen Mary, Université de Londres, indiquent que les auteurs britanniques sont de plus en plus mal rémunérés : leur revenu aurait diminué de 29% depuis 2005, se situant en moyenne à 11000 livres par an ( le revenu de subsistance étant estimé à 16850 livres) alors que l’industrie créative vaut 71,4 billions de livres en Grande-Bretagne.

A l’initiative du European Writers’Council un séminaire au Parlement européen fut consacré le 3 novembre à la valeur du travail des écrivains.

En effet l’écrivain est le maillon faible de la chaîne, à part que les auteurs renommés qui peuvent traiter à égalité avec leurs éditeurs. En général un écrivain ne s’intéresse guère aux clauses de contrats et même s’il le fait, il est normalement prêt à toutes les concessions pour être publié.

La législation européenne pourra-t-elle, dans le cadre de la révision de la réglementation du droit d’auteur annoncée par la nouvelle Commission, remédier à ce déséquilibre ? En introduisant des contrats standards ? En imposant aux partenaires l’obligation de négocier sur l’exploitation des œuvres ? En produisant une liste de pratiques et de clauses à bannir de tout contrat ?

Il est certain cependant qu’éditeurs et auteurs ont intérêt à s’entendre et à s’allier face au géant de la distribution. Le témoignage de Jan F. Constantin de l’Authors Guild New York fut éloquent : Accueilli favorablement au départ par le monde du livre qui voyait d’un bon œil l’arrivée d’un payeur supplémentaire, Amazon s’est rapidement transformé en éléphant qui exerce un chantage insupportable sur les maisons d’édition. Si la maison d’édition refuse de payer les redevances très élevées exigées par Amazon, les livres de ses auteurs n’apparaissent plus sur les listes des œuvres disponibles. Les nombreux clients d’Amazon ignorent donc tout de leur existence.

Quant à ceux qui figurent dans les catalogues d’Amazon ils subissent évidemment la pression de leurs éditeurs. Au fur et à mesure que leur marge de bénéfice se réduit, ils répercutent cette perte sur les rémunérations des auteurs.

Nous nous réjouissons du monde digital : jamais autant d’information et de lecture n’a été accessible aussi facilement à un aussi grand nombre de lecteurs. Mais sans créateurs, sans auteurs, le monde digital s’appauvrira.

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