La présidence

La présidence, c’est quand les chefs d’un pays de l’union sont les maîtres de la maison pendant six mois. Ils dirigent les conseils, distribuent la parole dans les nombreux palabres, se présentent devant la TGA, parcourent le monde entier pour rencontrer les plus grands chefs du monde. Chaque fois qu’il y a un sommet des chefs, des grappes de micros du monde entier se tendent vers le président qui saute de sa belle voiture bien propre. Il a chaque fois l’occasion de dire une phrase qui va faire le tour du monde et étonner les chaumières tout en ne signifiant rien, car l’assemblée n’a pas encore commencé et personne ne sait d’avance ce qu’il peut en sortir, surtout par les temps qui courent.

C’est admirable de voir comment les chefs d’un demi-million d’habitants deviennent du jour au lendemain ceux de tout un continent. Le pauvre Huron que je suis, venu d’une tribu lointaine du bout du monde, s’émerveille de rencontrer malgré tout le jeune premier chef du continent dans les rues de sa petite ville en train de plaisanter et de s’amuser avec ses guerriers, de leur faire des bises et des salamecs, de saluer tout le monde sans laisser apparaître le poids de sa lourde tâche. Un autre chef du pays, déjà grisonnant, chargé des désordres du monde, se voit à peine dans le pays, mais partout ailleurs sur la planète. Voilà pourquoi il n’a pu apparaître devant la TGA ; cette tâche est revenue au chef préposé en temps normaux à donner du travail à ceux qui n’en ont pas. Ce chef, rompu de longue date aux choses de « Bruxelles », aime à croiser le fer avec les teigneux en tout genre de la TGA.

Les six mois étant écoulés, les chefs ont pu se donner à cœur joie pour fêter la fin de la présidence et faire connaître leurs performances à la salle richement décorée et aux guerriers du pays. Car ceux-ci, tout en maugréant souvent contre ses chefs, veulent les voir jouer un rôle important au-delà des frontières. On retient donc soigneusement les louanges émises ailleurs, plus rarement les critiques. Mais on n’est jamais si bien servi que par soi-même. De la sorte, les chefs se plaisent à souligner eux-mêmes les longs marchandages tenaces pour sauver le climat du monde. Ils ont commencé à redistribuer 160 réfugiés dans divers pays de l’union. Ils ont permis de fermer les frontières pour protéger les peuples des terroristes. Les guerriers gaulois qui traversent chaque jour la frontière de leur tribu pour travailler ici en ont été enchantés. On a négocié avec les Suisses pour qu’ils restent ouverts tout en se refermant. Après de longues années, on a pu enfin s’entendre avec la TGA pour recueillir les données de tous les passagers d’avion. Il y a beaucoup d’autres belles performances à signaler.

Mais pendant ce temps, des centaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants d’orient ont traversé les mers pour fuir la guerre et se réfugier dans l’union. La tribu des Germains les a accueillis les bras ouverts, les autres à peine. Ni la présidence ni le grand chef des bureaux de Bruxelles n’ ont pu empêcher certaines tribus d’élever des barrières tout au long de leurs frontières pour se protéger des réfugiés. C’est un spectacle terrible pour le pauvre Huron qui a aimé parcourir le seul continent de la planète où l’on pouvait tranquillement traverser les frontières, trouver du travail ailleurs et être reçu comme un frère, ou une sœur.

Le Huron
p.c.c. Ben Fayot

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