La gloire de la TGA

Il y a, pour diriger le continent, une tribu d’esclaves sous l’ordre de 27 chefs et d’un grand chef. Cette tribu s’appelle Commission. C’est un nom qu’on trouve un peu partout sur le continent pour désigner des gens qui se réunissent et s’occupent de tout et de rien. Ce n’est en somme qu’une sorte de bureau avec des commis qui régentent tout le continent.
Le grand chef de ce bureau est un ancien grand chef de la plus petite des tribus de ce continent. Quand les guerriers de sa tribu n’ont plus voulu de lui, il a dû s’asseoir, la mine renfrognée, dans la salle richement décorée de sa petite tribu. Il a tout fait pour être de nouveau grand chef, n’importe où.
Les stylos, micros et caméras du continent, après avoir dit et écrit tout le mal qu’ils pouvaient inventer sur lui, sa tribu, son âge, ses coutumes de travailler, de boire et de manger, disent maintenant le plus grand bien de lui, le trouvent frais et dispos comme un jeune chef plein d’espoir et boivent la moindre de ses paroles comme celles d’un grand devin.
Mais ce n’est pas encore gagné. Il n’est pas encore grand chef. Son bureau n’est pas encore complet, car les futurs commis chefs doivent d’abord se prosterner humblement devant la TGA.
Ils doivent passer ce qu’on appelle ici des auditions. C’est un très mauvais moment à passer. Cela consiste à plaire à la TGA, à dévoiler à la face du continent tout l’or qu’ils ont amassé dans leurs coffres forts et à parler habilement dans plusieurs langues du continent sur leur portefeuille. C’est ainsi qu’on appelle le travail pour lequel ils seront engagés.
C’est la première fois que je vois qu’on demande à de futurs chefs de montrer ce qu’ils savent faire avant d’être nommés. J’ai toujours pensé que les chefs deviennent immédiatement très intelligents et très capables dès qu’ils sont nommés. J’ai bien vu que ce n’est pas toujours le cas. Ce serait une idée de demander à la salle richement décorée avec un homme qui a une sonnette de faire aussi des auditions avec les nouveaux chefs de sa petite tribu avant de leur donner des portefeuilles, des esclaves et de belles voitures propres. Mais cela ne sied pas à un pauvre Huron d’avoir de telles idées surtout que les guerriers de la petite tribu distribuent leurs croix au premier venu qui leur fait de beaux sourires sans s’occuper de ce qu’il sait faire.
Je suis très inquiet pour certains des commis quand je vois la TGA les apostropher. Mais on me dit de ne pas m’en faire. Car il y a à la TGA des tribus de différentes couleurs tout comme partout et même à la salle richement décorée. Il y a la rouge, la noire, la verte, la bleue, même des brunes. Tout le monde sait ici que les noirs et les rouges sont les plus nombreux à la TGA et qu’ils se sont entendus de ne faire que du spectacle pour effrayer un peu le grand chef et ses commis et les rendre dociles pour les années à venir.
Mais certains à la TGA sont très frustrés de ne pouvoir renvoyer l’un ou l’autre. Ce sont surtout ceux qui étaient également candidats à être commis. Et ceux qui ne l’étaient pas veulent pourtant montrer à la face du continent qu’ils sont intelligents au point de pouvoir être commis un jour.

Le Huron
p.c.c. Ben Fayot

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