Gare aux Hellènes

Il y a une semaine, on a permis aux guerriers hellènes de mettre des croix aux tribus de différentes couleurs. Ils en ont mis de telles quantités à une tribu rouge foncé emmenée par un jeune homme au verbe cajoleur qui leur a promis de mettre fin à leurs misères d’un seul coup qu’il s’est retrouvé du jour au lendemain grand chef de son pays. Il s’est acoquiné à cette fin avec une petite tribu brune qui fait la chasse à tous les étrangers. Cela n’a pas tellement plu aux tribus rouge foncé du continent, mais elles n’en ont pas trop parlé, toutes à la joie de voir un des leurs triompher et devenir grand chef.

Car il y a plein de petites tribus rouge foncé un peu partout sur le continent qui aimeraient avoir de grands chefs et qui promettent donc le grand soir et les lendemains qui chantent. Certes, plus ces tribus sont petites, plus elles s’écharpent férocement entre elles, mais quand il s’agit d’honnir les grandes tribus rouges, elles s’unissent comme frères et sœurs.

Le nouveau grand chef de la tribu hellénique veut arrêter de rembourser les dettes du pays ou pour le moins ne les rembourser qu’à la Saint Glingin. Il promet d’aller chercher l’or dans les caves des riches pour le partager équitablement entre tous. Il va donner du travail à tout le monde, surtout aux jeunes, et pour cela engager beaucoup de guerriers dans les bureaux. Il va faire la chasse aux corrompus en tout genre et les mettre aux fers. Aucun Hellène n’échappera plus aux gabelous qui seront féroces comme ils ne l’ont jamais été dans ce pays.

Pour chercher des alliés le nouveau grand chef hellène va visiter d’autres grands chefs dont les pays aimeraient également se débarrasser sans coup férir de leurs dettes pour être libres d’en faire plus aisément de nouvelles. Mais il va éviter la grande et riche tribu teutonne dont il accuse la grande cheffe d’être responsable de tous les malheurs de son pays.

Les grandes tribus de couleur rouge qui gouvernent pas mal de pays depuis longtemps n’aiment pas les petites rouge foncé car de petites elles pourraient devenir grandes comme chez les Hellènes. Pour faire bonne mesure et se faire bien voir, le grand chef de la TGA, qui vient d’une tribu rouge en Teutonie, s’est donc empressé d’aller voir le nouveau grand chef hellène dans son palais pour lui faire la cour et scruter ses intentions. Il en est revenu bredouille et, le visage soucieux, n’a eu que quelques phrases sibyllines pour les stylos, les micros et les caméras. Mais à la tribu rouge de la TGA on aime bien les pauvres et on va sans doute faire tout pour les tirer de leur misère.

Le pauvre Huron que je suis ne comprend pas grand-chose à ces agitations. On a certes essayé de m’expliquer qu’on ne peut pas dépenser plus d’argent qu’on n’en a et que si on veut le faire quand même, il faut emprunter de l’argent qu’il va falloir rembourser un jour plus ou moins lointain. J’ai bien compris cela, mais on me dit aussi qu’il ne faut pas désespérer les pauvres Hellènes sans m’expliquer exactement ce que cela signifie.

On entend le même son de cloche chez les Hispaniques et les Gaéliques, et il n’est pas exclu que d’autres tribus se joignent à ce concert.

En tout état de cause, les conciliabules entre les grands chefs et les débats à la TGA ne font que commencer. Comme souvent il faudra trouver des compromis, comme on dit ici. Dans le cas présent, cela signifiera sans doute qu’on essaiera de convaincre les Hellènes de faire semblant de rembourser leurs dettes sans les rembourser vraiment, de peur de les voir partir, d’enrager les guerriers d’ailleurs et de faire le jeu des rouge foncé.

Le Huron
p.c.c. Ben Fayot

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