E. Macron: une plaidoirie pour plus d’Europe

Tous les sièges n’étaient pas occupés, mais néanmoins un grand nombre de parlementaires européens s’étaient déplacés pour écouter le président de la République française parler de l’avenir de l’Europe.
Emmanuel Macron est un bon orateur et il ne cache pas ses deux convictions « fortes »: il faut défendre notre démocratie respectueuse des individus, des minorités et des droits de l’Homme et il faut oeuvrer pour une nouvelle souveraineté européenne afin d’apporter une réponse au désordre mondial. Cette souveraineté européenne sera complémentaire des souverainetés nationales, elle seule permet de défendre notre modèle démocratique, notre culture unique avec son attachement à la diversité.
Dans cette optique, E. Macron fustige les puissances autoritaires, il s’oppose à « la démocratie autoritaire » mais soutient « l’autorité de la démocratie ». Il récuse les eurosceptiques, mais aussi les politiques hésitantes qui ne prennent pas d’engagements clairs.
Selon lui, il faut agir autrement et profiter de l’année qui nous sépare des élections européennes pour créer un espace public européen et lancer un débat critique avec les citoyens.
Et le président de dresser la liste des sujets prioritaires: migration et solidarité européenne avec un soutien financier de l’union européenne aux régions les plus touchées; taxation numérique; capacité financière de la zone euro; soutien à la création artistique avec une régulation des droits d’auteur; fonds européen de sécurité.
Il plaide pour une souveraineté européenne économique et commerciale, pour une souveraineté climatique et énergétique, une souveraineté en matière de santé et d’alimentation, une souveraineté numérique et, enfin, il mentionne le pilier de droits sociaux. Il aborde également le nerf de la guerre, les moyens financiers dont a besoin toute politique européenne; la France est prête à augmenter sa contribution au budget de l’Union, elle soutient la création de ressources propres.
En terminant son intervention Emmanuel Macron trouve des accents lyriques: il ne veut pas être d’une génération de somnambules, il ne veut pas une Europe du repli et de l’habitude, il se présente en défenseur de la souveraineté européenne qui n’oublie pas les batailles passées.
Le premier tour des chefs de groupes est lancé, des interventions qui saluent l’engagement pro-européen du président français, mais ne le ménagent pas : Avertissements que l’Europe ne se limite pas au couple franco-allemand, rappel de la méthode communautaire, beaucoup de critiques contre la politique sécuritaire de la France, la politique migratoire est fortement remise en question. Vient le tour de l’extrême droite française qui se déchaîne. Emmanuel Macron ne peut pas répondre à toutes les interventions. Par moments, le débat franco-centré nous amène dans un décor d’Assemblée nationale française.
C’est sur le sujet des frappes aériennes en Syrie que le président trouve des accents de tribun pour défendre l’intervention de la France aux côtés des Etats-Unis et du Royaume Uni. Il ne se résout pas à ce que « le camp du droit soit celui du faible », la France défend « l’honneur de la communauté internationale ».
La procédure permet ensuite à de nombreux députés d’intervenir sur des sujets si variés que le président peut choisir les sujets qu’il veut bien traiter. Il se rattrape sur le dossier social en voyant dans l’action européenne un moyen de lutte contre le dumping social. Sur les questions institutionnelles, sans surprise E. Macron est en faveur de listes transnationales pour les élections européennes, il est intéressant de noter qu’aujourd’hui il a déclaré ne pas être opposé au principe du « Spitzenkandidat ». En matière de politique commerciale, Macron plaide pour « la cohérence »: il faut que les traités respectent nos ambitions sociales et climatiques. Sur la politique énergétique, Emmanuel Macron s’engage à fermer toutes les centrales de charbon ce qui permet de réduire la part du nucléaire, mais pas question d’y renoncer pour l’instant.
Il évoque le fonctionnement de la zone euro et plaide pour davantage d’intégration: les règles de responsabilité sont en place, mais manquent les instruments de solidarité. Cette déclaration lui vaut des applaudissements d’une partie des députés.
Enfin il rappelle son attachement à l’égalité hommes femmes, sujet qu’il avait omis dans sa déclaration d’ouverture!
Il est 13.10: l’heure de voter est arrivée; l’attention des parlementaires se détourne tout doucement du discours présidentiel. Le président termine en annonçant l’ouverture d’une université et quitte la plénière non sans serrer les mains des parlementaires assis au premier rang de l’hémicycle. De belles photos en perspective!

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