Comprendre l’accord UE-Turquie sur la crise des réfugiés

Le 18 mars L’UE et la Turquie ont conclu un accord controversé, censé ralentir et encadrer l’afflux de migrants vers l’Europe. Cependant le résultat des négociations ne fait pas l’unanimité  et sa mise en œuvre reste complexe.

  • Pourquoi un Accord migratoire avec la Turquie ?

En premier lieu, il s’agit de lutter contre les trafics d’êtres humains et de combattre les passeurs qui font payer à prix d’or des traversées clandestines et dangereuses. Depuis le début de l’année  2016 plus de 500 migrants sont morts noyés en mer Egée.

Il était également urgent de répondre à la crise humanitaire qui s’installe en Grèce. En effet, depuis janvier 2016 plus de 143 000 personnes sont arrivées en Grèce via la Turquie. À elle seule, la Grèce a vu passer plus d’un million de migrants l’an dernier.  La fermeture de la « Route des Balkans » a placé ce pays et les réfugiés dans une situation intenable. On compte 46.000 migrants bloqués dans des conditions déplorables aux frontières de la Macédoine.

  • Que prévoit l’Accord ?

Une mesure « temporaire et extraordinaire », prévoit le renvoi vers la Turquie des nouveaux migrants arrivés sur les îles grecques après le 20 mars, y compris les demandeurs d’asile comme les Syriens fuyant la guerre.

L’accord repose sur le principe «un pour un», c’est-à-dire que tous les nouveaux migrants en situation irrégulière qui partent de la Turquie pour gagner les îles grecques seront renvoyés en Turquie. En échange, pour chaque Syrien renvoyé vers la Turquie au départ des îles grecques, un autre Syrien sera réinstallé de la Turquie vers l’Union européenne. Ce dispositif sera plafonné à 72 000 places offertes en Europe, dans le cadre d’engagements déjà pris par les pays européens. Les retours vers le port turc de Dikili ont commencé le dimanche 3 avril.

  • Quelles sont les contreparties de l’accord pour la Turquie ?

Pour signer l’accord, les Européens ont accepté d’accélérer le processus de libéralisation des visas pour les ressortissants turcs.  Ils ont également surmonté les réserves de Chypre pour promettre à la Turquie de reprendre les discussions sur les finances et le budget dans le cadre de négociations d’adhésion à l’UE.

Sur le plan financier, l’UE s’est engagé à verser au plus vite une aide de 3 milliards d’euros déjà destinée aux projets turcs pour la prise en charge des 2,7 millions de réfugiés qu’elle accueille. Une enveloppe du même montant sera peut-être reconduite d’ici fin 2018.

  • Pourquoi nous trouvons cet accord problématique ?

Cet accord est le symptôme du déficit de solidarité qui paralyse l’Europe sur la question des réfugiés. Il est regrettable d’avoir négocié l’assistance de la Turquie pour résoudre une crise humanitaire alors que le pays a refusé de ratifier la Convention de Genève. Je partage la réticence de certains Etats-membres à multiplier les concessions envers un régime turc controversé pour ses atteintes à la liberté de la presse et à la minorité kurde.

 

 

 

 

 

 

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