Le Huron à la TGA

Le Parlement européen, c’est la très grande et très puissante assemblée de presque tout le continent.

Il est né dans la nuit des temps quand les petites assemblées de six tribus du continent envoyaient à l’étranger de vieux chefs qui ne voulaient pas encore se retirer dans leurs tipis et quelques jeunes guerriers qui aimaient voir du pays. On les appelait alors des députés européens. Personne ne savait vraiment ce qu’ils faisaient à l’étranger. Ils n’en parlaient pas à leurs collègues restés chez eux.

Ils se réunissaient rarement et aimaient faire de beaux discours. A peine quelques années après s’être entretués férocement et après avoir ravagé tout le continent ils promettaient solennellement de ne plus jamais se faire la guerre, de s’aimer désormais tendrement et d’abattre les barrières aux frontières entre leurs tribus. Ils pouvaient ainsi voyager encore plus et leurs commerçants aussi qui s’enrichissaient à vue d’œil.

Les simples guerriers y trouvaient également du plaisir. Alors qu’autrefois ils se rendaient dans les forêts profondes de leur pays pour se reposer, ils pouvaient désormais s’envoler été et hiver vers les lieux les plus exotiques.

Mes chefs m’ont envoyé au Parlement européen pour observer comment on fait sur ce continent pour y être heureux et riche depuis si longtemps et pour ne plus jamais se faire la guerre. Ils ont pensé que j’étais bien préparé pour cette tâche après avoir regardé attentivement les chefs et les sous-chefs du plus petit pays du continent dans la salle richement décorée avec un homme qui a une sonnette pour faire régner l’ordre.

A peine arrivé ici, j’ai appris qu’au Parlement européen, tout est très différent. Il n’y a pas une seule salle richement décorée, mais beaucoup d’énormes tipis dans trois tribus différentes. Dans certains sont enfermées des armées d’esclaves, dans les autres se trouvent les chefs et les sous-chefs et tous ceux qui ne le sont pas encore, mais veulent le devenir. Une activité importante, c’est de voyager d’un tipi à l’autre, et de courir à longueur de journée dans de longs corridors. Mais outre ces voyages quotidiens, on aime aussi se rendre en groupes dans les pays les plus lointains, jusque dans les moins connus, et y transporter des troupes d’esclaves et des quantités de machines pour impressionner les sauvages de ces pays.

Pour le pauvre Huron que je suis, venu d’au-delà des mers et des montagnes et habitué à la vie simple dans ma tribu commandée par un seul vieux chef assis à longueur de journée dans son tipi, ce Parlement est plein de mystères.

D’abord, on n’entre dans chaque tipi qu’avec l’accord de machines qui se cachent un peu partout. Ensuite, on y parle de nombreuses langues, et parfois il faut des esclaves pour expliquer à un chef ce qu’un autre chef veut lui dire dans sa langue. Mais on ne voit pas l’esclave, caché au loin, voilà pourquoi il faut encore des machines.

Surtout, il y a une langue que je ne comprends pas du tout et pour laquelle il n’y a pas d’esclave pour l’expliquer. C’est celle des acronymes. J’ai l’impression que la très grande assemblée et tous ceux qui travaillent un peu partout pour le continent sont saisis d’une maladie très sérieuse et de plus en plus généralisée qui s’appelle acronymie. Elle consiste à abréger ce qui est un peu long à dire et à en faire un nouveau mot car on n’a pas le temps ici d’expliquer longuement ce que l’on est en train de faire, tellement on a de choses à faire.

Je ferai donc de même pour aller vite et faire simple, même si on ne comprend pas. J’appellerai désormais le Parlement européen la TGA. [*]

 

Le Huron
24.09.2014

p.c.c. Ben Fayot
[président de la Fondation Robert Krieps, président du groupe parlementaire socialiste de 2004 à 2009 , ancien député et député européen]

[*] Très Grande Assemblée

 

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